Raphaël Monticelli
Une
œuvre ouverte aux regards, aux paroles…
Michèle Brondello à la galerie " Association Lieu 5 "
Il
est des objets sur lesquels l'imagination se plaît à divaguer, l'esprit
à projeter figures et images… Quiconque a su voir arbres et herbes,
pierres ou nuages se souvient. Les objets d'art ne font pas exception,
ils sont, parfois, tels qu'ils donnent envie de dire… On prétendra
aimer ou pas, on se dira séduit ou non, mais le moindre spectateur
aura toujours face à eux l'impression de s'approprier quelque chose
de lui-même. Cela ne détermine sans doute pas la qualité d'une œuvre,
mais cela est garant d'échange verbal… L'œuvre de Michèle Brondello
est de celles-là : spontanément, en apparence, elle suscite des réactions.
Face à ces sculptures de plâtre ornées de couleurs, de dentelles,
de perles, de fleurs ou de feuilles, rehaussées parfois d'or, chacun
se complaît aux jugements à l'emporte-pièce, contradictoires et définitifs.
Face à ces tableaux méticuleux où, mécaniquement, le bras a posé des
couleurs aux effets chatoyants, chacun se sent libre ou capable de
parler. L'œuvre de Brondello a, en outre, le privilège d'une rare
cohérence, j'entends par là ces rappels parfois imperceptibles, parfois
inavoués, d'oeuvre à œuvre, de période à période, de série à série,
sur lesquels le discours s'ancre, relevant ressemblances et distorsions
et dans lesquels, en fait, il s'enferme, se piège, cerné qu'il est
par une cohésion qui a pour elle le mérite d'être vivante, en mouvement,
en transformation, de prendre sa source non dans ce que l'on peut
dire, mais dans ce qu'il faut faire…
Une œuvre de simple apparence, attachante par sa complexité ; une
œuvre aux allures fragiles, aux prétentions d'éphémère, qui se rompt
: et se perd au toucher, et qui retient par sa solide cohésion ; une
œuvre ouverte aux regards, aux paroles, et dont le mouvement intime
échappe sans cesse aux investigations ; dois-je dire encore autrement
ce qui fait qu'elle m'intéresse ?...
Il y a, dans les sculptures, ce choix initial du matériau, le plâtre,
tenu pour vulgaire, dédaigné pour sa fragilité ; il n'a pas la solidité
du bois ou de la pierre que l'on sculpte, il n'a pas la malléabilité
et la patience de la terre, il sert, tout au plus, coulé dans un moule,
à reproduire. Ici, le moule c'est la main qui sert de mesure,le bras
et le sol qui servent de modèle. La forme qui dressée, servira de
support aux ornements, résulte d'une projection. Imaginez ici les
variations possibles de la forme dues à la fois au mouvement du bras
et à la consistance de la pâte : presque durcie, elle donne lieu à
des petites œuvres aux allures de pierre, encore liquide elle permet
l'inclusion d'éléments ; mises bout à bout, les projections allongent
la sculpture jusqu'à la limite de résistance du plâtre. La forme est
ensuite retravaillée dressée et un ajout de plâtre peut intervenir
par coulure, redessinant, reformant…
C'est peut-être ce qui m'a d'abord retenu : voilà une artiste qui
travaille sa sculpture à plat pour la dresser ensuite eet tous comptes
faits, c'est de cette façon que, de plus en plus, travaillent les
tableaux sont travaillés comme les volumes qu'ils sont en fait, la
couleur pouvant se poursuivre sur les tranches, voires sur le dos
de la toile, j'aime à considérer qu'il y a dans ce refus des règles
établies et de la peinture et de la sculpture quelque chose de positif,
de stimulant.
L'ornementation serait à étudier de beaucoup plus près encore, il
y a certainement beaucoup à apprendre du choix des matériaux : couleur
ou non., fabriqués ou naturels, et de leurs rapports sur une même
œuvre ou d'une série à l'autre ; comme par exemple les matériaux fabriqués,
dentelles, paillettes de robes, perles renvoient à la notion de superflu
et comment en même temps ils peuvent apparaître comme des objets du
souvenir individuel ou collectif. Imaginez enfin le tout tendant à
réduire l'opposition entre la forme en plâtre (parfois simple support)
et les objets ajoutés, jusqu'à ces dernières œuvres où les objets
de l'ornement servent de soutien ou de bourre aux formes de plâtre…
Et l'œuvre permettrait encore la parole. Il me plaît de penser, à
la fin de ce texte qui prétend donner quelques éléments de contact,
que tout encore reste à dire… mieux, à voir.
Raphaël
Monticelli
Patriote Côte d'Azur, 7 septembre 1979
Repris dans le Catalogue Espace Vallès,
Saint Martin d'hères, 1994